D’autres jardiniers …… une tournée des jardins

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Claude
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D’autres jardiniers …… une tournée des jardins

Message par Claude » 15 août 2020, 12:16

À Neuillac.

Utiliser le lien ci-après pour profiter des superbes photos
qui accompagnent ce témoignage sur des jardiniers très proches de nous.
Et pour accéder à d’autres liens… n

https://www.lemonde.fr/series-d-ete/art ... 51060.html


Le petit éden breton d’un couple franco-britannique
Par Catherine Rollot
.15.08.20.

SÉRIE : Jardins secrets (4/5).

Dans leur Morbihan d’adoption, Denis et Paula Coombes ont fait d’une prairie en friche un véritable paradis écologique où arbres, fleurs et légumes entretiennent la biodiversité locale.

Sa main plonge dans les eaux grouillantes de vie du petit bassin installé dans un coin de la pelouse. Toujours le même émerveillement devant le cycle de la nature. Dans quelques jours, la minuscule larve deviendra triton, hôte supplémentaire et bienvenu dans le jardin de Denis Coombes, un paradis vert breton à la profusion toute anglaise.

Admirer les plants de fenouil perlés de pluie, s’émerveiller de la valse des chauves-souris au clair de lune, contempler la luminescence des vers luisants cachés dans les graminées sauvages… Plaisirs renouvelés pour le maître et guide des lieux, 71 ans et fière allure en pull shetland bleu marine sur col de chemise azur, en cette fraîche matinée d’été armoricain.

Depuis son installation à Neulliac, petite commune rurale en plein cœur du Morbihan, il y a plus de vingt ans, le jardinier amateur, moitié gallois moitié anglais, a façonné jour après jour un écrin écologique, réserve de faune et de flore locales. « Tout est bio et naturel, ce n’est pas uniquement un jardin ornemental mais productif, avec des variétés de la région ou adaptées au climat. Vous ne trouverez pas de bananiers ici », avertit, avec une pointe d’humour et d’accent, cet ancien de la British Telecom à la main verte.

Oasis végétale

Chaque jour ou presque – seuls le froid, le vent et l’arthrose qui raidit parfois ses articulations lui font remiser arrosoir et binette –, il passe de longues heures à cultiver son éden qui s’étend à l’avant et à l’arrière de sa jolie longère de granit. Une passion qu’il partage depuis quelques mois sur son blog « La Rabine jardin » et sur sa page Facebook. Aidé par sa femme Paula, 64 ans, anglo-galloise elle aussi, il y distille, en anglais et en français, conseils de jardinage, photos et vidéos des fleurs, légumes et fruits cultivés sur ses 2 000 m2 de terrain, mais aussi de tout le petit monde des insectes et autres animaux qui le peuple.

Denis et Paula Coombes dans leur jardin à Neulliac (Morbihan), le 24 juillet.
Denis et Paula Coombes dans leur jardin à Neulliac (Morbihan), le 24 juillet. VASSILI FEODOROFF POUR « LE MONDE »
Une histoire ancienne s’est tissée entre les Coombes, la Bretagne et les jardins. Les deux Britanniques ont passé une grande partie de leur enfance respective dans le sud de l’Angleterre, dans ce Mid-Sussex verdoyant et ses petites villes aux rangées de maisons ouvrières prolongées d’une courette. Il est d’usage d’y cultiver quelques légumes, d’y installer une miniserre ou quelques potées fleuries.

« La nature a toujours été pour moi un refuge, une évasion du quotidien. » Denis Coombes
Dans la famille de Denis, le jardinage n’est pas la préoccupation du père militaire, mais un début de vocation chez le fils. « Ado, j’ai acheté un plant au supermarché, c’était un Tree of Heaven, un arbre du paradis, à la croissance rapide. » Au bout de trois ans, le père coupe l’arbre, jugé trop grand. Une blessure sur laquelle Denis ne veut pas s’attarder, à l’image de son enfance difficile. « La nature a toujours été pour moi un refuge, une évasion du quotidien », confie-t-il pudiquement. Depuis ce temps, le jeune homme n’aura de cesse de rêver son oasis végétale, apprenant la botanique sur le tas, dans les livres et les magazines spécialisés.

La rencontre avec Paula, directrice d’école puis conseillère pédagogique, signe le début d’une histoire d’amour et d’une vie au-delà du Channel. La Bretagne devient la destination de vacances préférée du couple. En 1996, ils y achètent une ancienne longère à rénover entièrement, avec un jardin, « dans un coin sans Anglais », désireux de vivre « à la française au milieu de Français ». Les Coombes ne roulent pas sur l’or, car Denis fait partie des milliers de salariés licenciés suite à la privatisation de l’opérateur historique britannique de télécommunications.

Dans le potager, légumes et fleurs sont savamment mélangés pour éloigner les nuisibles et favoriser la pollinisation.
Dans le potager, légumes et fleurs sont savamment mélangés pour éloigner les nuisibles et favoriser la pollinisation. VASSILI FEODOROFF POUR « LE MONDE »
Pendant quatre ans, Denis, excellent bricoleur, retape la maison tandis que Paula commence à aménager le jardin, qui n’est alors qu’une prairie en friche. « Nous avons tout de suite planté un potager, par plaisir mais aussi pour des raisons économiques. » En 2000, ils s’installent à l’année en Bretagne, ouvrent une chambre d’hôtes puis un gîte pour arrondir leurs fins de mois. Leur havre fleuri, situé à l’entrée de la petite commune de 2 000 âmes, est vite connu des habitants du coin, qui y trouvent un cadre accueillant mais aussi des cours de prononciation anglaise dispensés par Paula à leurs enfants.

Les voisins deviennent des amis, et c’est grâce à eux et avec l’aide de la mairie que le couple acquiert au « prix agricole » une bande de terre située à l’arrière de leur maison. « C’était rempli de ronces, d’herbes folles, une page blanche ». Paula dessine le jardin idéal écologique, avec un potager, des arbres, un petit bassin, des espaces pour s’isoler, d’autres laissés sauvages, et en filigrane « le souci de favoriser la flore locale, de préserver et restaurer les sols, de maîtriser l’usage de l’eau… »

Savon noir et purin d’ortie

Difficile d’imaginer aujourd’hui la jachère d’alors. Ici, une pergola recouverte de roses anciennes. Là, des massifs débordant de fuchsia, d’iris et d’agapanthes se découvrent au fil des allées sinueuses, bordées d’herbes. Un peu plus loin, occupant une large surface, un magnifique carré de plantations donne à profusion pommes de terre, salades, tomates, haricots verts, petit pois et autres légumes de saison, tandis que les framboisiers, fraisiers et arbres fruitiers plantés un peu plus loin fournissent dessert et confitures faites maison.

Pour favoriser la pousse et combattre les maladies, aucun engrais chimique mais du savon noir et du purin d’ortie ou de prèle concoctés par Denis. Paillage et compost, issus des huit bacs installés au fond du jardin, sont utilisés pour nourrir le sol et le protéger. Dans le potager, légumes et fleurs sont mélangés savamment pour éloigner les nuisibles et favoriser la pollinisation. Tout est récupéré : les anciennes baleines de parapluie ou de parasol deviennent des tuteurs, les pots en terre retournés servent de lampions. L’eau de pluie stockée dans plusieurs citernes assure l’arrosage.

C’est un véritable écrin écologique, « tout est bio et naturel, ce n’est pas uniquement un jardin ornemental mais productif ».
C’est un véritable écrin écologique, « tout est bio et naturel, ce n’est pas uniquement un jardin ornemental mais productif ». VASSILI FEODOROFF POUR « LE MONDE »
« C’est un jardin qui ne coûte que du temps », résume Denis Coombes. Tous les arbres, à l’exception des fruitiers ont poussé à partir de graines ou de glands. Les multiples variétés de fleurs proviennent de boutures et semis, comme les produits du potager. Pendant le confinement, la petite production familiale de légumes et fruits a assuré son rôle. « En tout et pour tout, nous avons acheté douze plants de laitues et quelques graines », confie le passionné, qui n’a manqué de rien si ce n’est de « ses sorties au Gamm Vert », une enseigne de jardinerie.

Le goût du partage et de l’engagement

Membre du réseau associatif Les Jardins de Noé, dont les adhérents s’engagent à suivre une charte pour conserver la biodiversité, le septuagénaire, heureux gagnant ou finaliste de plusieurs concours de maison fleurie, songe désormais à transmettre sa passion, en ouvrant son jardin au public, groupes d’amateurs ou scolaires. « Dès cet été ou plus probablement au printemps prochain, explique-t-il. J’aimerais faire découvrir cet endroit et expliquer comment on peut avoir un jardin complètement écologique. »

Francophiles, « désormais plus bretons qu’anglais », les Coombes, qui depuis quatre ans ont acquis la double nationalité, et ne gardent que peu d’attaches avec leur patrie d’origine, cultivent le goût du partage et de l’engagement. Longtemps investis dans la politique locale, ils ont tous deux été élus (non payés) du parti centriste britannique, le LibDem, un parti très pro-européen ; ils préfèrent aujourd’hui, tout en pestant contre le Brexit, consacrer leur temps à œuvrer pour la préservation de l’environnement.

Côté présence animalière, le jardin des Coombes peut compter sur la chatte Pépée, mais aussi les coqs et moutons... en céramique.
Côté présence animalière, le jardin des Coombes peut compter sur la chatte Pépée, mais aussi les coqs et moutons... en céramique. VASSILI FEODOROFF POUR « LE MONDE »
Car dans les effluves des pois de senteur et les touffes colorées des « Welsh poppies », ces coquelicots jaunes du Pays de Galles, le jardinier anglais assiste chaque jour aux dérèglements climatiques, à ces hivers ou étés trop chauds et trop secs, et à leurs conséquences sur la faune et la végétation. Entouré de sa chatte Pépée, des coqs et moutons en céramique, des bancs de bois et autres accessoires de jardin qui ponctuent son landscape, l’aimable planteur défend le respect des saisons et de la terre.

Un bon sens paysan en quelque sorte, que Jeanne Marie Le Calvé, dite Mère Denis, la célébrité locale, ne renierait pas. Il y a cent vingt-sept ans naissait à Neulliac cette lavandière devenue figure emblématique des publicités pour les machines à laver Vedette, dans les années 1970 et 1980, avec ses phrases « C’est ben vrai ça ! » et « Ça c’est vrai ça ! ». Une Denis peut en cacher un autre.


Retrouvez tous les épisodes de la série d’été « Jardins secrets »
Qu’il soit partagé, vivrier ou décoratif, ce petit lopin de terre que représente un jardin n’a jamais été aussi précieux qu’en temps de pandémie. Dans « le monde d’après », ce refuge végétalisé a parfois pris un sens nouveau ; révélé un désir de reconnexion à la nature, des envies de partage, des initiatives militantes... Portraits de Français qui s’épanouissent au ras des courges et des pâquerettes.
« Citoyens, citoyennes, résistons, semons des graines » : une révolution potagère à Tours
Trois hommes et un jasmin sur un balcon parisien
Olivier Ricomini, un poète de la binette
A Neulliac, l’exil bucolique d’un couple britannique
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Catherine Rollot

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